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Fleuriste : aimer les fleurs, mais à quel prix pour notre santé ?

Fleuriste : aimer les fleurs, mais à quel prix pour notre santé ?

Pesticides, fleurs coupées importées et santé au travail : derrière la beauté des bouquets, une réalité que notre profession ne peut plus ignorer.
Il y a des sujets que l’on préférerait ne pas avoir à aborder lorsque l’on exerce un métier passion.

En octobre, le rose s’affiche partout. Les vitrines se parent de cette couleur, les événements solidaires se multiplient et les campagnes de sensibilisation au cancer du sein nous rappellent l’importance de la prévention et de la recherche.

Mais il existe d’autres questions de santé qui méritent, elles aussi, que l’on s’y attarde.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de notre métier. De ces fleurs que nous manipulons chaque jour, de leur provenance, des pesticides qu’elles peuvent contenir et des risques auxquels les fleuristes sont exposés.

Parce que j’aime mon métier. Parce que j’aime les fleurs. Et parce que je crois que nous devons pouvoir continuer à les travailler sans avoir à nous demander ce qu’elles peuvent nous coûter.

Des fleurs qui viennent de loin, des risques que l’on connaît encore mal

Une grande partie des fleurs coupées vendues en France est importée. Selon une question publiée au Sénat en mars 2026, plus de 80 % des fleurs vendues dans notre pays proviendraient de l’étranger, principalement via les Pays-Bas. Les données du ministère de l’Agriculture confirment, de leur côté, le poids considérable des importations dans notre filière horticole.

Derrière ces bouquets se trouve une chaîne de production mondialisée. Les roses, et bien d’autres variétés sont cultivés dans des pays comme le Kenya, la Colombie ou l’Équateur, puis transportés jusqu’aux marchés européens.

Pour répondre aux exigences de production, préserver les fleurs des maladies et des ravageurs et supporter leur transport, des produits phytosanitaires peuvent être utilisés.

Le problème ? Les réglementations encadrant l’utilisation des pesticides diffèrent d’un pays à l’autre. Certaines substances interdites ou non autorisées dans l’Union européenne peuvent encore être utilisées dans des pays producteurs, selon leur législation. Des résidus de ces substances peuvent donc se retrouver sur les fleurs importées.

Et contrairement aux denrées alimentaires, les fleurs coupées ne disposent pas, à ce jour, d’un dispositif européen spécifique fixant des limites maximales de résidus de pesticides comparable à celui qui existe pour l’alimentation.

Cela ne signifie pas que chaque fleur importée est dangereuse. Mais cela signifie que nous manquons encore de garanties et de données pour évaluer précisément notre exposition.

Car nous, fleuristes, les réceptionnons, les déballons, les trions, les effeuillons, les coupons, les hydratons et les manipulons pendant des heures. Jour après jour. Parfois dans des espaces réduits, sans ventilation suffisante et sans information précise sur les traitements qu’elles ont reçus.

Notre outil de travail est aussi une matière dont la composition chimique reste trop peu documentée.

99 pesticides retrouvés dans les fleurs analysées : des chiffres qui interrogent

En février 2026, l’association Agir pour l’environnement a publié les résultats d’une enquête portant sur 27 échantillons de fleurs coupées achetées en France à l’occasion de la Saint-Valentin et de la fête des Mères 2025.

Le résultat est préoccupant : 99 pesticides différents ont été identifiés dans les échantillons analysés, dont 46 substances interdites ou non autorisées en France au moment de l’enquête.

Parmi les substances détectées, certaines présentent des propriétés cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. L’association rapporte également des risques pour l’environnement.

Ces résultats doivent être lus avec rigueur. Il s’agit d’un échantillon limité, qui ne représente pas à lui seul l’ensemble des fleurs commercialisées en France. La détection d’une substance ne permet pas non plus, à elle seule, de déterminer le risque réel pour une personne : celui-ci dépend notamment de la substance, de la dose, de la voie d’exposition et de sa durée.

Mais cette enquête apporte un éclairage important sur une question encore insuffisamment documentée : que contiennent les fleurs que nous manipulons quotidiennement ?

Elle met aussi en évidence une piste encourageante. Dans les échantillons étudiés, les fleurs françaises et de saison présentaient globalement moins de résidus que les fleurs importées.

Ce constat ne signifie pas que les fleurs françaises sont systématiquement exemptes de pesticides. Il rappelle néanmoins l’intérêt de développer des filières locales, de saison et plus transparentes.

Pour consulter les résultats et leur méthodologie : l’enquête d’Agir pour l’environnement, « Fleurs de la Saint-Valentin : Pesticides, mon amour »⁠.

Fleuristes : une exposition professionnelle qui mérite enfin toute notre attention

Pendant longtemps, la question des pesticides a surtout été associée aux agriculteurs, aux viticulteurs et aux personnes qui appliquent directement des produits phytosanitaires.

Les fleuristes, eux, sont moins souvent identifiés comme une population professionnellement exposée.

Pourtant, ils peuvent être en contact avec des résidus présents sur les végétaux, par voie cutanée ou respiratoire. Et contrairement à une exposition ponctuelle, la manipulation des fleurs peut se répéter quotidiennement pendant des années.

En 2024, les ministères français concernés ont saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) afin d’évaluer les risques liés à l’exposition des professionnels du secteur des fleurs coupées aux agents chimiques dangereux.

En 2026, des travaux scientifiques consacrés à l’exposition professionnelle des fleuristes ont également souligné la nécessité d’améliorer les connaissances et la prévention. Une étude de terrain publiée par des professionnels de la santé au travail en Gironde rapporte notamment des premiers résultats suggérant une exposition réelle aux pesticides chez les fleuristes étudiés.

Il reste toutefois beaucoup à comprendre : quelles substances sont présentes sur les fleurs ? À quelles concentrations ? Dans quelles conditions les professionnels y sont-ils exposés ? Quels sont les effets possibles à long terme ? Quelles mesures de prévention sont les plus adaptées à notre activité ?

Il est important de distinguer ici le danger et le risque. Une substance peut présenter des propriétés dangereuses sans que l’on puisse conclure automatiquement à un risque élevé dans toutes les situations. Pour évaluer ce dernier, il faut notamment connaître les niveaux et les modalités d’exposition.

Mais cette incertitude ne doit pas devenir un prétexte à l’inaction.

Les fleuristes ont besoin d’informations accessibles, de mesures de prévention adaptées à leurs conditions de travail, d’une meilleure traçabilité des fleurs et d’un cadre réglementaire qui protège réellement leur santé.

Parce que prévenir vaut mieux que réparer.

Et si nos choix floraux faisaient aussi partie de la réponse ?

Je ne crois pas que la solution puisse reposer uniquement sur les fleuristes ou sur les consommateurs.

La filière est complexe. Les producteurs, les grossistes, les importateurs, les distributeurs, les pouvoirs publics et les professionnels de la fleur ont tous un rôle à jouer.

Mais à notre échelle, certaines décisions peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques.

Privilégier des fleurs françaises et de saison lorsque cela est possible. Travailler avec des producteurs locaux. Interroger ses fournisseurs sur la provenance des végétaux et les méthodes de production. Diversifier les variétés proposées. Accepter de composer avec la saison plutôt que de vouloir tout, tout le temps.

Ces choix ne garantissent pas l’absence de pesticides. Ils peuvent cependant favoriser des filières plus transparentes et réduire certaines dépendances à l’importation.

Ils doivent aussi être accompagnés : les fleurs françaises ne sont pas toujours disponibles en quantité suffisante, les prix peuvent être plus élevés et les contraintes de production sont bien réelles. Tous les fleuristes ne disposent pas des mêmes fournisseurs, des mêmes moyens ou de la même clientèle.

Il ne s’agit donc pas de culpabiliser celles et ceux qui travaillent avec des fleurs importées. Il s’agit de reconnaître les limites du système actuel et de chercher collectivement à l’améliorer.

La fleur locale et de saison n’est pas une réponse magique. Elle constitue néanmoins une piste concrète, à condition de soutenir les producteurs et de donner aux professionnels les moyens de faire d’autres choix.

À l’approche de la présidentielle de 2027, la santé doit-elle devenir un véritable sujet politique ?

Les 18 avril et 2 mai 2027, les Français seront appelés à élire leur prochain président de la République.

Dans les mois qui viennent, de nombreux sujets vont occuper le débat public :

  • l’éducation,
  • le pouvoir d’achat,
  • l’agriculture,
  • l’emploi,
  • l’industrie,
  • l’environnement,
  • et la santé…

La question des pesticides mérite d’y trouver sa place.

Elle concerne notre alimentation, la qualité de nos environnements, la biodiversité, les conditions de travail et, plus largement, la prévention des risques sanitaires.

Elle concerne aussi la cohérence de nos politiques publiques. Comment protéger les professionnels contre certaines substances tout en permettant que des produits portant leurs résidus circulent sans dispositif spécifique de contrôle adapté à cet usage ? Comment garantir une meilleure information sur l’origine des fleurs ? Comment accompagner les filières françaises et européennes vers des pratiques plus protectrices de la santé et de l’environnement ?

Ces questions ne devraient pas être réduites à une opposition entre agriculture et écologie, entre production et protection, ou entre professionnels et consommateurs.

Elles appellent des réponses concrètes : davantage de recherche, des contrôles adaptés, une meilleure traçabilité, une prévention accessible aux petites entreprises et des règles cohérentes à l’échelle européenne.

Elles appellent aussi un engagement politique qui ne s’arrête pas à la publication de rapports ou à l’annonce de nouvelles expertises.

Car nous ne parlons pas uniquement de fleurs. Nous parlons de notre santé, de celle de nos enfants et des conditions dans lesquelles nous travaillons et produisons.

J’aime mon métier. Mais à quel prix ?

J’aime mon métier.

J’aime ce que les fleurs représentent dans nos vies : les célébrations, les rencontres, les passages, les souvenirs et les hommages.

Je souhaite pouvoir continuer à l’exercer en conscience.

Car aimer son métier ne devrait pas signifier accepter de travailler dans l’incertitude face à des risques sanitaires insuffisamment documentés.

Nous avons besoin de connaître les fleurs que nous manipulons. Nous avons besoin d’être informés, protégés et accompagnés. Nous avons besoin que la prévention fasse partie intégrante de notre profession, au même titre que la technique, la créativité et le savoir-faire.

Je n’ai pas toutes les réponses. Mais je sais qu’il est temps de poser les questions, de faire circuler l’information et de soutenir celles et ceux qui se mobilisent pour faire avancer le sujet.

Si cet article peut contribuer, même modestement, à rendre cette réalité un peu moins invisible, alors il aura déjà une raison d’exister.

J’aime mon métier. J’aime mon travail. Mais le prix de pouvoir exercer ne devrait jamais être celui de notre santé.

Et vous, en tant que fleuriste, producteur, professionnel de la filière ou amoureux des fleurs, connaissiez-vous cette réalité ?

Parce que les fleurs méritent mieux. Et celles et ceux qui les font vivre au quotidien aussi.

Amandine Baconnier – Fondatrice de Fleurie Studio floral
Fleuriste designer événementiel & Formatrice 

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