Congé maternité quand on est indépendante : comment s’arrêter sans mettre son activité en pause ?

Congé maternité quand on est indépendante : comment s’arrêter sans mettre son activité en pause ?

Artisane, fleuriste, indépendante… comment partir sereinement en congé maternité lorsque son entreprise repose en grande partie sur soi ?

J’ai vécu deux congés maternité en étant indépendante.
Deux expériences différentes, mais avec une même question en tête : que devient mon activité pendant mon absence ?

Lorsqu’on est salariée, le congé maternité s’inscrit dans une organisation existante. On quitte temporairement son poste, l’entreprise continue de fonctionner et, selon les situations, une équipe ou une personne peut prendre le relais.

Quand on est seule aux commandes de son entreprise, les choses sont différentes.

Et lorsque l’on est fleuriste indépendante avec une boutique, la question devient très concrète : qui ouvre ? Qui réceptionne les fleurs ? Qui accueille les clients ? Qui prépare les commandes ? Qui assure les livraisons ?

Et surtout : comment s’arrêter sans mettre en difficulté l’activité que l’on a construite ?

Le congé maternité existe aussi pour les indépendantes

Être indépendante ne signifie évidemment pas renoncer au congé maternité.

En France, les travailleuses indépendantes peuvent bénéficier, sous certaines conditions, d’une allocation forfaitaire de repos maternel et d’indemnités journalières.

En 2026, il faut notamment justifier de six mois d’affiliation à la date prévue de l’accouchement et cesser toute activité professionnelle pendant au moins huit semaines, dont six semaines après l’accouchement.

La durée maximale du congé dépend ensuite de la situation familiale. Pour un enfant, elle est généralement de 16 semaines lorsqu’il s’agit du premier ou du deuxième enfant, et de 26 semaines à partir du troisième enfant.

Les montants des prestations dépendent également des revenus pris en compte pour le calcul.

Autrement dit : le congé maternité est un droit, y compris lorsque l’on est à son compte.
Mais avoir le droit de s’arrêter ne signifie pas que l’entreprise sait fonctionner sans nous.

Et c’est souvent là que commence la véritable difficulté.

Le paradoxe de l’indépendante : avoir le droit de s’arrêter, mais devoir préparer son absence

Une entreprise individuelle peut être extrêmement dépendante de la personne qui l’a créée. C’est particulièrement visible dans les métiers artisanaux.

Dans une boutique de fleurs, le chiffre d’affaires est directement lié à la présence de la fleuriste : vendre, conseiller, composer, réceptionner, commander, livrer, répondre aux demandes des clients…

Lorsque cette personne s’arrête plusieurs semaines, l’activité peut ralentir fortement, voire s’arrêter complètement.

Pour la cheffe d’entreprise, cela peut avoir une conséquence très concrète : moins de chiffre d’affaires et donc moins de revenus professionnels au moment même où les dépenses familiales peuvent augmenter.

Il ne s’agit donc pas seulement de savoir combien la Sécurité sociale va verser pendant le congé.

Il faut aussi réfléchir à une autre question : comment assurer la continuité de l’activité pendant mon absence ?

Une entreprise peut-elle fonctionner sans sa fondatrice ?

Oui. Mais cela se prépare.

Anticiper son congé maternité lorsqu’on est indépendante peut commencer plusieurs mois avant le départ :

  • identifier les missions qui doivent absolument être maintenues ;
  • prévenir certains clients suffisamment tôt ;
  • organiser les commandes et les fournisseurs ;
  • documenter les procédures importantes ;
  • prévoir les tâches qui peuvent être suspendues ;
  • automatiser ce qui peut l’être ;
  • constituer une trésorerie de sécurité ;
  • et surtout, réfléchir à ce qui peut être délégué.

Pour une fleuriste, cela peut également signifier réfléchir à une présence temporaire en boutique, à la production florale, aux livraisons ou à certaines prestations événementielles.

Chaque entreprise est différente et le mode de remplacement doit être choisi en fonction de son statut, de son activité et de son organisation.
Toutefois, une chose me semble essentielle : le congé maternité ne devrait pas être préparé la veille du départ.

Et si une autre professionnelle prenait le relais ?

C’est une idée qui mérite d’être davantage connue chez les indépendantes : le remplacement temporaire entre professionnelles.

Le principe est simple.

Une entrepreneure doit s’absenter pendant plusieurs semaines. Une autre professionnelle, disposant des compétences nécessaires, prend temporairement le relais sur une partie ou la totalité des missions définies.

Ce fonctionnement peut permettre de préserver une relation avec les clients et de maintenir certaines activités pendant l’absence.

Il peut aussi créer une opportunité pour la professionnelle qui prend le relais : une mission rémunérée, de nouvelles collaborations, de l’expérience et un réseau qui s’élargit.

C’est cette logique que défend Femmes Clés, une solution française créée pour faciliter le remplacement des freelances pendant leur congé maternité.

L’idée est née d’une expérience personnelle : sa fondatrice, Chloé Egger, a elle-même remplacé une consœur pendant son congé maternité avant de créer Femmes Clés.

La plateforme accompagne aujourd’hui les freelances notamment dans les domaines de la communication, du marketing et de la création. Elle propose de rechercher une remplaçante, de faciliter la mise en relation et de cadrer le passage de relais.

Le remplacement est ainsi pensé non comme une concurrence, mais comme une collaboration temporaire entre professionnelles.

Une forme de sororité très concrète

Le mot « sororité » peut parfois sembler abstrait. Ici, il devient très concret.

Aujourd’hui, je prends le relais pour toi. Demain, quelqu’un pourra peut-être prendre le relais pour moi.

Cette logique permet de faire circuler les compétences plutôt que de considérer les autres professionnelles comme des concurrentes.

Elle répond aussi à une réalité : beaucoup d’indépendantes ont construit leur activité autour de leur propre expertise, de leur relation client et de leur disponibilité. Confier temporairement cette relation à quelqu’un d’autre demande donc beaucoup de confiance.

Femmes Clés propose justement de sécuriser ce passage de relais : identification des besoins, sélection de profils, échanges entre les professionnelles, cadrage de la collaboration et formalisation des engagements.

Et pour les fleuristes ?

C’est une question que je me pose particulièrement.
Parce que le remplacement d’une freelance qui travaille depuis son ordinateur n’est pas exactement le même sujet que le remplacement d’une fleuriste qui possède une boutique.

Les contraintes sont différentes : présence physique, matériel, stock périssable, fournisseurs, clientèle locale, horaires d’ouverture, livraisons, commandes de dernière minute…

Le principe du relais reste pourtant intéressant.

Il pourrait notamment ouvrir une réflexion autour d’un réseau de professionnelles capables de se remplacer ponctuellement : congé maternité, arrêt, formation, vacances, surcharge d’activité ou besoin temporaire de renfort.

Pour une fleuriste indépendante, ne plus être la seule personne capable de faire fonctionner son entreprise est aussi une manière de rendre son activité plus résiliente.

Partir en congé maternité sans culpabiliser

Je crois finalement que c’est peut-être cela que j’aurais aimé entendre avant mes propres congés maternité : s’arrêter ne signifie pas abandonner son entreprise.

On peut prendre soin de son activité tout en prenant soin de soi.

On peut anticiper, déléguer, transmettre, organiser un relais.

Et surtout, on peut accepter que son entreprise continue d’exister autrement pendant quelques semaines.

Être indépendante ne devrait pas signifier devoir choisir entre son entreprise et son enfant.

Le congé maternité est un temps d’arrêt professionnel prévu par la loi. Pour qu’il soit réellement vécu comme tel, il faut aussi permettre à l’entreprise de fonctionner sans sa fondatrice.

Cela demande de l’anticipation, de la confiance et parfois l’aide d’autres professionnelles.

Peut-être que l’avenir de l’entrepreneuriat indépendant passe aussi par là : apprendre à ne plus tout porter seule.

Amandine Baconnier – Fondactrice de Fleurie Studio floral
Fleuriste designer – Floral trend researcher – Formatrice 

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